Ferny, une vie différente

Indigène du peuple Murui-Muinane (ou peuple Uitoto), Ferny Andres Medina Robledo souhaite poursuivre sa carrière de médecin sans oublier ses traditions, qui accordent une large place aux plantes médicinales d’Amazonie. Il oeuvre au sein de l’association Curuinsi, qui rassemble une cinquantaine de jeunes issus des peuples premiers du bassin Amazonien.

Après un petit tour du jardin des plantes médicinales autour de la Coca, du Tabac, de l’Ajo Sacha, de la Santa Maria et de la Ichanga. Ferny nous explique quel type de médecin il souhaite devenir pour garder le lien avec sa communauté.

 

C’est en pratiquant le rituel de la coca que Ferny, 25 ans, étudiant de culture Murui, a réalisé que la médecine moderne n’était pas la panacée, à côté des plantes d’Amazonie !

FERNYFerny pratique le rituel de la coca, avec son grand frère Ruben Medina Robledo, président de l’association Curuinsi.

Amazonie, la grande diversité culturelle et naturelle

S’il est un endroit au monde où biodiversité naturelle rime avec biodiversité culturelle, c’est bien l’Amazonie ! De nombreuses personnes ou organisations luttent pour les droits des peuples autochtones. C’est le cas du frère Paul McAuley et de son association, la Red Ambiental Loretana, qui œuvre dans le Nord-Est du Pérou (voir notre encadré). Cette structure est basée à Iquitos, la ville la plus peuplée au monde sans accès routier, accessible uniquement par avion ou bateau.

Ici, plus de 400 000 habitants vivent comme dans une « île urbaine » au milieu d’un océan de verdure, l’Amazonie… Ces habitants sont principalement issus des peuples indigènes, descendants des esclaves de la fièvre du caoutchouc (1880-1914), triste période responsable d’une déculturation massive et brutale.

La Red Ambiental Loretana s’occupe de préservation de l’environnement et de biodiversité culturelle. Elle héberge sur un modeste terrain attenant à ses locaux quelques cinquante étudiants indigènes, ayant quitté leur communauté pour étudier à l’université. Parmi ces jeunes, Ferny Medina Robledo, 25 ans, en troisième année de médecine.

 

FERNY2Logé sur place par la Red Ambiental, il assimile progressivement le système éducatif moderne, tout en essayant de préserver sa culture traditionnelle, celle du peuple Murui. Un véritable défi pour Ferny qui a laissé derrière lui sa communauté d’origine, située à 21 jours en bateau d’Iquitos, à la frontière de la Colombie ! Comme tous les étudiants indigènes, il s’est retrouvé en position de fragilité face aux tentations de la grande ville : société de consommation, rythme urbain, stress sonore, junk food…

 

Une des oeuvres exposées dans la maloca de l'association Curuinsi

 

Ces jeunes issus des territoires reculés n’ont pas tous la chance de pouvoir se loger correctement. Aussi l’action de la Red Ambiental Loretana, qui leur offre un lieu de vie communautaire, représente une opportunité d’intégration douce. Les indigènes résidents ont ainsi pu organiser sur place une foisonnante communauté interculturelle qui perpétue les traditions d’une dizaine de peuples aborigènes (sur les soixante que compte l’Amazonie péruvienne). Constitués en association (baptisée Curuinsi, nom d’une fourmi locale), ils ont construit ensemble des logements sommaires et une imposante salle commune, la grande « maloca », en bambou, en bois et en branche de palmier.

Ici, régulièrement, on se retrouve, on organise des fêtes, on fait la démonstration de rituels, avec la bénédiction de la Red Ambiental et de son président fondateur, le frère Paul McAuley, de confession catholique, plus connu sous le nom d’Hermano Paul. Cet espace unique dédié à « l’apprentissage et la rencontre interculturelle » permet aux peuples indigènes de se comprendre et de se découvrir mutuellement. Un échange pas toujours aisé mais facilité par un objectif commun : maintenir leurs différentes traditions face à la mondialisation et autres maux apportés par l’homme civilisé…

Ferny Medina Robledo ne souhaite pas suivre la « voie classique » proposée par le « système ». Il gère au mieux la collision entre la vision occidentale proposée à l’université (une médecine aux remèdes pharmaceutiques) et celle de ses ancêtres, qui propose l’usage de plantes médicinales locales, notamment le tabac et la feuille de la coca, autre autres !

Ces deux « plantes maîtresses », considérées comme des drogues dans les pays occidentaux, sont toujours au cœur des rituels ancestraux du peuple Murui et d’autres communautés indigènes. Bon nombre de touristes occidentaux viennent d’ailleurs à Iquitos, « capitale du tourisme chamanique », pour découvrir ces plantes et les consommer sous la surveillance d’un chaman, en vue d’une amélioration de leur état, physique ou spirituel.

Paradoxe pour ces jeunes : la lutte contre la perte de leur culture passe nécessairement par le système éducatif proposé par la culture dominante (hispanique et mondialisée) qui risque pourtant de les écraser… En accédant aux savoirs universitaires, en maîtrisant deux langues (celle du pays et leur dialecte), en devenant des indigènes « éduqués », ils espèrent revenir plus forts vers leur communauté pour participer pleinement à sa pérennité.

 

Les indigènes résistent !

Toujours peuplée par de nombreuses communautés indigènes, installées dans des lieux inaccessibles par la route, l’Amazonie doit faire face à la déforestation mais aussi, fait moins connu, aux dégâts de l’exploitation pétrolière. Ces menaces ne portent pas seulement atteinte à la nature et aux animaux, mais aussi aux peuples autochtones, en voie d’extinction. Ces derniers doivent en outre composer avec la mondialisation qui progresse au Pérou et en Amérique du Sud. Cette évolution n’est pas sans heurt car les peuples indigènes se rebiffent… En 2010, un violent conflit entre eux et les autorités a éclaté à la suite d’autorisations accordées aux compagnies pétrolières, faisant une trentaine de morts, des indigènes et 24 policiers. La Red Ambiental Loretana, a pris une part active dans la défense des droits de ces peuples, ce qui a valu à son président, lefrère Paul McAuley, missionnaire atypique et particulièrement engagé, une sérieuse menace d’expulsion. Mais grâce au soutien inconditionnel de la population locale, Hermano Paul et son association ont finalement pu continuer leurs activités à Iquitos.