Le tabac, une plante médecine

Vous voulez arrêter de fumer ? Et si vous commenciez par changer votre point de vue sur le tabac ? C’est ce que nous invite à faire Ernesto, curandero tabaquero. Comme remède à de nombreux maux, le tabac est sa plante maîtresse.
Son savoir, il le tient de ses ancêtres. Et que pense-t-il donc de nos cigarettes ?

 

 

Ernesto Garcia Torres est ce qu’on appelle un brujo : un homme qui, dans les cultures indigènes, possède le pouvoir de communiquer avec les esprits et de soigner de nombreuses maladies, notamment à l’aide de plantes médicinales. Sa spécialité : le tabac, une plante maîtresse, en Amazonie, plus connue sous le nom de mapacho.

Quand l’occident rencontre les plantes psychoactives

L’histoire nous enseigne que de nombreuses plantes considérées par les peuples traditionnels comme des catalyseurs de connaissance et de pleine santé, ont été « diabolisées » par le monde occidental à la suite d’un usage inapproprié, puis gravement dévoyées par les trafiquants de drogue. C’est le cas du tabac comme de la feuille de la coca, traditionnellement mâchée par les peuples indigènes. Ces plantes cultivées pour leurs vertus médicinales ont été transformées par l’occident en drogues réglementées (autorisées et taxées comme le tabac, ou interdites comme la cocaïne).

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Feuille de tabac. Photo H. Zell

En France, la culture du tabac est prohibée dès 1719, avec des condamnations qui peuvent aller jusqu’à la peine de mort, car elle est réservée à la Compagnie des Indes occidentales. C’est déjà une affaire de gros sous. La culture, la fabrication et la vente sont ensuite libéralisées par l’Assemblée nationale en 1791 mais, en 1811, Napoléon rétablit un monopole d’État. En 1926, ce sont 10 milliards de cigarettes vendues par an dans l’hexagone. Le service d’exploitation industrielle des tabacs (devenu le SEITA en 1935), récupère alors le monopole. Douze ans plus tard, la consommation a doublé en 1938, avec 20 milliards de cigarettes vendues en France. En 1944, les GI américains venus libérer l’Europe apportent avec eux leurs cigarettes blondes. Les marques américaines permettent à la consommation de tabac de s’étendre aux femmes et à toutes les classes de la société. On sait aujourd’hui que les fabricants de cigarettes sont responsables de l’ajout de produits toxiques et addictifs : c’est pourquoi « Fumer tue ».

La feuille de la coca

Feuille de coca.

Cette situation est inimaginable chez les peuples premiers qui conservent un rapport serein face aux plantes dites « psychoactives ». Si on prend l’exemple de la feuille de coca, on s’aperçoit que l’usage traditionnel reste inoffensif : « Pour connaître quelque chose, la pensée occidentale a besoin de diviser les composés d’un tout, mais pour les peuples andins et d’Amazonie, faire cela est anormal. Ce qui est normal, c’est de prendre la feuille de coca comme un tout », explique Hugo Cabrieses, économiste péruvien, défenseur de ces communautés(1).

Un éclairage pour le débat sur le cannabis

Il existe un usage traditionnel du cannabis, généralement modéré, encadré par des traditions ou des lois. La consommation est tolérée par exemple chez les sādhus, ces sages itinérants très respectés dans toute l’Inde. Les sādhus considèrent le cannabis comme une plante sacrée et initiatrice, c’est pourquoi le gouvernement délivre toute la marijuana nécessaire pour la fête de Maha Shivaratri, consacrée au culte du dieu Shiva. Tout le monde fume, le temps d’un jour. On goûte aussi le bhang, une boisson traditionnelle faite à base de haschisch. Cette herbe-là n’a pas grand chose à voir avec les « super skunk », du cannabis génétiquement modifié, qu’on trouve à Amsterdam. D’ailleurs, l’idée ne viendrait même pas aux hindouistes, ni aux peuples premiers plus largement, de jouer les démiurges avec les plantes sacrées…

L’éducation est une clé de prévention incontournable. Mâcher trop de coca ne tue pas. Pas plus que fumer du mapacho, trop fort pour être inhalé au même rythme qu’une cigarette moderne. Fort de cet enseignement, un joint en cas de stress ou de souffrance physique n’est pas la porte ouverte à la toxicomanie, pour peu que le public soit responsabilisé et suffisamment « éduqué ».

C’est le pari que s’apprête à faire l’Uruguay, avec une légalisation totale sous contrôle total de l’État, de la culture à la consommation, en vue de mieux lutter contre le véritable trafic de drogue. La marijuana sera vendue en pharmacie, comme d’autres produits sans ordonnance, dans la limite de 40 grammes par mois par personne. La posologie maximum représente l’équivalent d’une blague à tabac, soit deux à trois joints par jour… Les particuliers pourront aussi faire pousser une petite quantité sans risquer des représailles.

On a pu constater la réaction d’une partie de l’occident face à cette mesure jugée dangereuse, « porte ouverte à l’accroissement du trafic international »… Mais il n’est pas dit que les Uruguayens, pétris de culture amérindienne, dépassent les doses ni que le trafic de drogue progresse. Le programme« coca si, cocaïna no », du président bolivien Evo Morales, entend lui aussi lutter contre les cartels de drogues par une vision moins manichéenne des faits, adaptée à la réalité du pays.

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1. Citation extraite du livre La Coca, Ed. Corporacion Editora Chirre, Pérou, 2010.