Qu’est-ce que la méliponiculture ?

Les mélipones sont des abeilles sans dard qui vivent essentiellement dans les pays chauds, elles font leurs ruches dans les troncs d’arbre et même sous terre. Une action de protection des ruches passe parfois par l’usage de la tronçonneuse…

En Europe et sur le continent nord-américain, le principal problème des insectes pollinisateurs réside dans le déversement des produits chimiques dans l’environnement. Gaucho, Cruiser, Poncho… Ces produits seraient notamment coupables de la disparition progressive de l’abeille domestique (apis mellifera). « Ici, en Amazonie, nous n’avons pas encore de problèmes avec les pesticides. Surtout dans la région de Loreto, qui vit à part du reste du monde, car il n’y a pas de route. Pas moyen d’acheminer facilement des pesticides… », explique José Carlos Garcia Morales, membre de l’association La Restinga, à Iquitos, cœur de l’Amazonie Péruvienne.

Carlos Garcia Morales, de La Restinga

Carlos Garcia Morales

Ingénieur agronome, José Carlos Garcia Morales œuvre depuis deux ans pour la préservation des abeilles natives : les mélipones, espèce d’abeilles sans dard vivant dans les pays tropicaux (Amériques, du Sud, Afrique, Asie, Australie). C’est une abeille dite « sociale », de la famille des Apidés (genre melipona), qui vit en colonie comme l’abeille européenne (apis mellifera).

Le principal problème ici, en Amazonie, vient d’une récolte sauvage et destructrice du miel. Mais aussi de la déforestation, « qui détruit l’habitat des abeilles». Au Pérou, l’action de La Restinga se pose en terme d’éducation des populations locales, afin qu’elles apprennent à exploiter la forêt, principale ressource naturelle, sans porter atteinte aux essaims. Cela passe par des opérations de sensibilisation et l’usage de la tronçonneuse !

Pour isoler les essaims de mélipones, il faut découper le tronc de part et d’autre du nid. On peut ensuite transporter ce tronçon contenant la colonie, dans des conditions bien précises, vers le site de la future ruche. Au bout de quelques jours, une fois les abeilles habituées à leur nouvel environnement, le tronc peut être ouvert « délicatement » à l’aide d’une tronçonneuse et de piquets. « Récupérer l’essaim doit se faire avec précaution, afin de ne pas casser la structure ni stresser les abeilles. Les plus jeunes spécimens ne volent pas encore, ils faut les déplacer à la main vers le nouvel abri ». Pas besoin de protection, elles ne piquent pas. La méliponiculture est donc aussi une activité éducative pour tous.


Les règles principales de la méliponiculture

  • Quand on ferme la boîte de la nouvelle ruche, on ne laisse qu’un petit trou d’où peuvent entrer et sortir les abeilles.
  • En guise d’orifice de la ruche, il est impératif de replacer le même tunnel d’entrée qui était sur le tronc d’arbre.
    Fait important, l’orientation cardinale de l’entrée doit être la même pour garantir le retour des abeilles.
  • La nouvelle ruche doit être hermétiquement fermée à l’aide d’argile, afin que les autres insectes ne rentrent pas : fourmis, blattes, papillons, termites, moustiques.
  • On pose la ruche en bois sur un support en hauteur et on enduit ensuite les pieds de ce plateau avec un répulsif naturel anti-insectes.
  • Il ne faut pas oublier de contrôler régulièrement l’intérieur de la ruche. On enlève à la main les éventuels intrus et leurs œufs.

Un peu plus tard, on pourra diviser l’essaim, afin de réaliser deux ruches. Seules peuvent être divisées les ruches qui produisent des larves, visibles en blanc dans la zone du couvain, et qui possèdent beaucoup d’ouvrières. Ainsi, par cette technique d’élevage de colonies, il n’est plus nécessaire d’abattre des arbres pour la cueillette du miel. La récolte des produits de l’abeille se fait directement dans les « pots à miel » et « pots à pollen », à l’aide d’une seringue pour en aspirer le contenu. C’est toute une technique, délicate et bienveillante, soucieuse de ne pas épuiser les réserves de la colonie.


Une pratique ancestrale

Poterie Maya représentant le Dieu du miel (Mexique)

La méliponiculture était développée en Amérique centrale et en Amérique du Sud avant l’arrivée des colons européens. À cette époque, les Indiens obtenaient du miel et de la cire des abeilles sans dard. Plus tard, les abeilles « normales » furent apportées de l’Europe et, au XXe siècle, de l’Afrique. « Les Mayas, par exemple, étaient de grands méliponiculteurs. L’activité a été traditionnellement exercée quasiment dans toute l’Amérique tropicale », précise Juan Manuel Rosso-Londoño, doctorant colombien, au magazine Sciences au Sud (Numéro 67, nov.-déc. 2012).

Les civilisations précolombiennes comme les Mayas pratiquaient déjà la « meliponiculture ». Des ruchers de plusieurs dizaines de ruches traditionnelles sont décrits par les premiers conquistadors espagnols au XVI ème siècle. Dès 1549, l’évêque Diego de Landa, rapporte que la meliponiculture est une des principales activités agricole des Mayas. L’abeille, symbole de la lumière solaire pour ces civilisations, est souvent représentée dans les nombreuses fresques d’Amérique centrale.

Depuis une trentaine d’années, grâce à des études réalisées au Brésil et au Mexique, l’intérêt des gouvernements, des scientifiques et des ONG s’est grandement accru en faveur de cette activité. La méliponiculture est utile à plus d’un titre :

  1. C’est une tradition ancestrale des populations indigènes.
  2. Ce miel a une grande valeur médicinale.
  3. Les mélipones sont les principaux pollinisateurs de la jungle amazonienne.
  4. Ils font partie de la biodiversité (les mélipones comptent plus de 600 espèces alors les Apis ne sont représentées que par 7 espèces).
  5. Ces abeilles sont des espèces locales, parfaitement adaptées au milieu ambiant.
  6. Cela aide à soutenir l’économie familiale.


Petites quantités mais d’excellentes qualités !

Association La RestingaLa récolte annuelle de miel produite par une colonie d’abeilles sans dard varie entre 200 grammes et 5 kilos. Cela dépend des espèces d’abeilles, de la végétation. On compte en moyenne 3 kilos par ruche. C’est très peu comparé à la production des abeilles domestiques : en moyenne 20 kilos. Cependant, les mélipones produisent un miel d’une qualité incomparable, à la saveur prononcée, légèrement acidulée. La gelée royale est même incorporée au miel. It’s super food ! « Son fort taux d’humidité est source de fréquentes conversions chimiques qui engendrent une importante production d’eau oxygénée et d’acide gluconique, deux antiseptiques puissants ». Son activité antibiotique est donc plus élevée afin d’éviter la fermentation. Dans les tests de laboratoire, le miel Melipona possède donc un facteur inhibiteur de bactéries plus puissant que le miel d’abeilles normales. Le site beeking.com rappelle qu’au Nicaragua, on l’utilise comme masque de beauté mélangé avec du lait en poudre. C’est également le miel de « jicote » qu’on préfère à tout autre pour sucrer les tisanes et augmenter ainsi leur pouvoir curatif. A Cuba, il est appliqué sur les brûlures ainsi que sur les plaies pour faciliter la cicatrisation. Au brésil, on en met quelques gouttes dans les yeux pour guérir les conjonctivites.


Quelques nids d’abeilles mélipones :


Pour aller plus loin :